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Histoire de l’Amiens AC et Amiens SC : 110 ans et deux guerres àsurmonter
22/11/11 - 10:38 - ASCLive

Alors que l’année 2011 va bientôt s’achever et partant la fin du 110e anniversaire de la naissance de notre club, nous avons pensé utile de revenir sur des évènements douloureux qui ont émaillé l’histoire de l’AAC puis ASC.  Il s’agit des deux grandes guerres mondiales qui ont causé beaucoup de ravages non seulement au travers du club mais aussi de la ville d’Amiens et du département de la Somme.

La longue histoire de l’Amiens  A  C puis l’Amiens S  C  est certes jalonnée de victoires et de défaites, de joies et de larmes mais aussi elle est marquée par  les deux grandes guerres mondiales du siècle passé,  sans oublier  les évènements d’Algérie.

 

La guerre 14-18 voit surtout la diminution des compétitions sportives mais le football continue de se pratiquer à Amiens.

Amiens est envahi le 31 août 1914 mais le 11septembre, les troupes françaises reprennent position de la ville. Le football  se pratique dès le mois de  novembre mais au sein des équipes, à commencer l’Amiens AC, on note le départ de plusieurs joueurs appelés à  aller combattre sur les champs de bataille. Des clubs vont disparaitre complètement mais l’Amiens AC va  maintenir son activité jusqu’en 1918.

 

Le club possède trois équipes et en l’absence de joueurs ou éducateurs enrôlés par l’armée française, le président,  le docteur MOULONGUET s’occupe de trouver un nouveau terrain puisque celui de la rue Henry-Daussy a été bombardé.

Des  appels sont régulièrement lancés aux jeunes afin qu’ils rejoignent le club.

" Pour l’après- guerre, il nous faut encore des hommes sains et vigoureux, en un mot des sportifs. A l’AAC on considère que le football est d’abord une école d’endurance, de courage et de tactique. L’esprit sportif ne diffère pas tellement de l’esprit guerrier."

 

Toutefois, l’AAC est touché avec le départ à la guerre de la classe 17 en janvier 1916. En  avril 1917, l’équipe première comporte sept joueurs appartenant aux classes 18, 19, 20. Ils sont donc âgés entre 16 et 18 ans.

Chaque année, ils sont nombreux, les jeunes du club à partir à la guerre.  Durant cette période, la vie sportive est quasiment inexistante à Amiens. Pendant la saison 1917-1918, l’AAC éprouve de grosses difficultés à  créer une deuxième équipe.  En mars 1918, la vie sportive amiénoise commence à refaire surface mais en mars, une nouvelle offensive allemande fait que la ville est évacuée en subissant le feu des canons et des bombardements.

 

Durant la guerre, il est quasiment impossible pour une équipe comme l’AAC de quitter la ville et de rencontrer des formations extérieures.

Alors pour jouer et rester en forme, les équipes amiénoises dont l’AAC disputent des rencontres amicales face à des formations  régimentaires britanniques. Ainsi, le 19 septembre 1915, un match oppose les infirmiers anglais de l’hôpital de la Sainte Famille à une formation ayant en son sein les meilleurs éléments de l’AAC. 

 

Ces  matches amicaux n’ont rien d’amical et les joueurs anglais ont l’habitude  de se servir de leurs poings.  Ainsi en novembre 1915, des officiers français qui sont sur la touche, doivent intervenir pour calmer les joueurs anglais qui se montrent très violents. Le Journal d’Amiens pose alors la question : « Pourquoi l’AAC s’entête à jouer contre des sportmen incorrects ? Â».

Durant ces quatre années, il est arrivé que les équipes de l’AAC soient également appelées à disputer des rencontres de fraternité. Il s’agit de recueillir des fonds pour aider les soldats qui sont dans les tranchées.

 

En décembre 1914, l’AAC dispute un match contre une sélection des meilleurs éléments des formations amiénoises et ce, en présence du sénateur-maire d’Amiens. La somme de 600 francs est recueillie.

Les 23 et 24 avril 1916, l’AAC et le Stade Amiénois participent aux journées du Poilu Sportif organisées par la revue Sporting.

Durant la guerre, le football sera donc la seule activité digne de ce nom mais il est vrai aussi que la presse locale lui accorde beaucoup de crédit. Il y avait en effet deux journaux : le Journal d’Amiens et le Progrès de la Somme. Ces journaux publient le courrier de soldats au front qui sollicitent des ballons afin de pratiquer le football dans les tranchées.  Durant ces quatre années de guerre, le football a été plus une distraction qu’un sport. Il a permis à de nombreux Amiénois d’oublier le temps d’un match, la guerre et ses souffrances.

 

En 1918, Amiens est quasiment une ville détruite mais  dès octobre de cette année, de nombreux jeunes décident de reformer l’Amiens Athlétic Club. Il  faudra toutefois attendre septembre 1919 pour revoir une vie sportive à Amiens avec une vingtaine d’équipes qui s’entrainent dans la ville. Durant ces quatre années, l’AAC a perdu plusieurs éléments au front notamment Robert PETIT tué dans la bataille de la Marne le 6 septembre 1914 à la tête de ses hommes. Henri-Frédéric PETIT  qui sera le premier président de l’AAC est blessé et mutilé de guerre. Plus tard, il sera  maire de Grandvilliers (Oise).

 

Le 13 décembre 1931, a été inauguré le Monument aux Morts qui existe toujours au stade Moulonguet. Ce jour-là, le Docteur MOULONGUET a rendu un hommage à tous les morts de la Grande Guerre  qu’il Â«  a salué respectueusement Â». Ce monument fut donc inauguré dix ans après qu’une plaque de marbre ait été apposée à l’entrée du stade.

 

39-45, MOULONGUET PLUS OU MOINS DETRUIT

La guerre 39-45 a fait aussi de nombreux ravages au sein de l’AAC. Maurice THEDIE, international une fois contre l’Italie en 1925, authentique résistant, fut arrêté par la Gestapo et déporté. Il mourra dans le train de la mort.

Des joueurs comme SANNIER et VANNESTE sont prisonniers  et d’autres sont partis en zone libre. Parallèlement à ce Championnat de France,  l’AAC  se mesure à des formations anglaises (Royal Air Force)  ou militaires.

En mai 1940, les armées allemandes envahissent la Belgique et la France.  Du coup, les matches prévus le  12 mai sont supprimés. Le 19 mai, Amiens est bombardé et un chapelet de bombes s’abat sur le stade Moulonguet. Les gradins sont détruits ainsi que les bâtiments situés rue Louis-Thuillier. Une torpille a creusé un trou profond sur la ligne de but du grand terrain. Le terrain annexe est devenu un parc d’autos, un bric à brac d’épaves de toutes sortes.

 

Le terrain est recouvert de pièces éparses, de débris de toutes sortes et il faudra de longues semaines de travail avant que le vice-président du club  M. TEMPEZ ne puisse remettre la pelouse en bon état.  Quand la pelouse est remise en état, les soldats allemands jouent sans discontinuer avec leurs bottes. Le terrain est de nouveau dégradé.

 

Un jour, les S S organisent un match au stade Moulonguet et dans la tribune d’honneur, on ne note la présence  que de deux Français, deux dirigeants du club venus en observateurs de service. Durant cette période, l’AAC  va disputer le Championnat de France Zone occupée.

 

Le 21 septembre 1941, l’AAC reçoit Le Havre au stade Moulonguet et s’incline 2-1 devant un public record (4000 spectateurs) et heureux de pouvoir revoir  du football. La guerre joue un mauvais tour à l’AAC et son président M. Georges JACOB qui ne répond pas à une missive de Vichy. Le Gouvernement du Maréchal PETAIN  interdit en effet la pratique du football. M. JACOB fait le sourd et  il est menacé « d’internement  administratif Â». Heureusement, la Libération va permettre à l’AAC de repartir de l’avant.

 

La fin de la guerre est célébrée avec faste. Le 17 septembre 1944  au stade Moulonguet, se déroule une rencontre opposant  l’AAC et une équipe anglaise « Royal Enginers Â». L’AAC l’emporte 5-2 devant 3000 spectateurs. La recette est versée au profit des veuves et orphelins des Résistants tombés durant la guerre.

 

Le 15 octobre 1944, l’AAC emmené par un remarquable DABOVAL auteur de sept buts, s’impose 11-1 face à une sélection de soldats britanniques. Le 11 novembre 1944, nouveau match cette fois contre une équipe de professionnels anglais.

 

Dans cette  équipe amiénoise, deux joueurs sont toujours parmi nous,  André POUILLY qui fut président du District de la Somme et Max LEMAIRE qui reste  aujourd’hui, le plus ancien licencié du club. Quinze ans plus tard, les évènements d’Algérie ont eu également des conséquences sur le football amiénois. Certaines carrières ont été mises entre parenthèse ou retardées.

Ainsi, par exemple,  Robert BUCHOT formé à Escarbotin et qui a sûrement perdu deux années..

 

 

 

PS : La guerre  14-18 a été marqué par la mort de nombreux joueurs de l’équipe de France. Notre ami Didier BRAUN, journaliste à l’Equipe, mentionne que 16 internationaux d’avant 1914 sont morts durant ces quatre années. Et parmi eux, plusieurs dans les combats de la Somme.

SOURCES : Football en Picardie, Naissance et Essor du football à Amiens, Les Grands Noms de l’Amiens SC   

Auteur : L.H.



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